- Explosion des incidents : hausse structurelle des cyberattaques contre les banques et les services financiers.
- Chiffres clés : +20 % de notifications CNIL en 2024 ; déjà près de la moitié du total 2024 signalée au T1‑2025.
- Nouveaux vecteurs : chaînes d’approvisionnement, cloud et IA générative amplifient la menace.
- Impact : interruption des services, fraude bancaire et risques systémiques pour la continuité financière.
- Priorités : authentification forte, contrôle des tiers et gestion des accès pour limiter le piratage et le ransomware.
La rigueur avant la mode. Face à une accélération inédite des attaques numériques, les établissements financiers doivent repenser leurs priorités opérationnelles et leur gouvernance de la sécurité informatique. Le constat est net : la menace n’est plus conjoncturelle mais structurelle, portée par des groupes professionnels et des États-nations qui utilisent des tactiques automatisées et des outils d’IA pour multiplier les incidents.
Pour illustrer ce basculement, prenons le cas fictif de la Banque Atlas, une institution de taille moyenne qui a vu en 2025 une campagne de phishing ciblée couplée à une compromission d’un fournisseur cloud. L’attaque a entraîné une interruption des services de paiement pendant plusieurs heures et une tentative de fraude bancaire importante, révélant des lacunes dans la gestion des accès et la chaîne d’approvisionnement. Cette expérience synthétise les enjeux que rencontrent désormais l’ensemble des banques : prévention, contrôle des prestataires et protection des données doivent devenir des priorités opérationnelles et stratégiques.
Cyberattaques banques : panorama des menaces majeures observées en 2025
Les incidents recensés par la CNIL en 2024 et la dynamique observée en 2025 confirment un renforcement du risque pour le secteur financier. En 2024, la CNIL a enregistré 5 629 notifications de violations de données, soit une hausse de 20 % par rapport à 2023 ; le premier trimestre 2025 a enregistré près de 2 500 signalements, indiquant une accélération persistante.
La répartition des causes met en avant les attaques directes (ransomware, phishing, intrusions) pour 55 % des cas, suivies des erreurs humaines (20 %) et d’une part significative liée aux prestataires. Le facteur télétravail et les accès distants mal sécurisés aggravent durablement l’exposition des banques.
Insight : ces chiffres illustrent que la probabilité d’une attaque ciblant un établissement financier est désormais une donnée de gestion courante pour les dirigeants.
Ransomware et extorsion : une évolution vers la destruction opérationnelle
Les attaques par ransomware ont évolué en trois phases : chiffrement des fichiers, exfiltration des données puis destruction ou sabotage des opérations. En 2024, 86 % des incidents ont provoqué des interruptions opérationnelles majeures et la médiane des rançons est passée à 1,25 million de dollars.
Pour la Banque Atlas, la menace s’est matérialisée par une double extorsion : vol de données sensibles puis destruction partielle d’archives en back‑up, indiquant une capacité d’action au‑delà du simple chiffrage. Cette montée en puissance exige des plans de reprise robustes et des simulations d’attaques intégrées.
Insight : la prévention seule ne suffit plus ; la résilience opérationnelle est devenue la première ligne de défense.
Chaînes d’approvisionnement et cloud : vecteurs privilégiés des attaques contre les banques
Les attaquants ciblent désormais les prestataires et les environnements cloud pour contourner des défenses internes robustes. Les analyses de 2024 montrent que 29 % des incidents impliquaient des ressources cloud et 21 % visaient directement l’infrastructure cloud.
Unit42 a documenté des scans massifs à la recherche de configurations erronées ; un cas a exposé 230 millions de cibles uniques. Les groupes exploitent des erreurs d’IAM, des VPN mal configurés et des politiques d’accès trop permissives pour infiltrer des systèmes critiques.
Insight : la sécurisation des fournisseurs et des configurations cloud est devenue une exigence stratégique pour réduire la fenêtre d’exposition.
Accélération des attaques : la course au temps
L’automatisation, les kits d’attaque et l’IA réduisent dramatiquement les délais d’exfiltration. En 2024, 25 % des attaques exfiltraient des données en moins de 5 heures, et 19 % en moins d’une heure. Le temps médian d’exfiltration est désormais de 2 jours.
Un cas cité par Unit42 décrit un acteur, RansomHub, exfiltrant 500 Go en sept heures après avoir contourné un VPN sans authentification multifacteur. Pour Banque Atlas, cette fenêtre réduite a mis en évidence l’importance des détections en temps réel et des playbooks d’intervention.
Insight : le facteur temps impose aux équipes de sécurité une capacité d’intervention et d’orchestration immédiate.
Menaces internes et États‑nations : implications pour la sécurité des banques
Les opérations menées par des acteurs soutenus par des États‑nations se sont multipliées, avec des tactiques d’infiltration humaine et technique sophistiquées. Le nombre d’attaques internes a triplé en 2024, touchant la finance, la logistique et la tech.
Le groupe Wagemole, cité dans les enquêtes, infiltre des postes techniques via de faux profils pour exfiltrer des données et introduire des portes dérobées. Banque Atlas a détecté un comportement anormal d’un prestataire technique qui s’est avéré être un faux employé ; l’incident a nécessité un audit complet du code source.
Insight : les contrôles RH et les vérifications des identités techniques doivent être renforcés au même titre que les contrôles techniques.
IA : double tranchant pour la sécurité informatique bancaire
L’intelligence artificielle amplifie tant les capacités défensives que offensives. Les cybercriminels utilisent l’IA générative pour produire des campagnes de phishing hyperréalistes, des deepfakes vocaux et des malwares polymorphes.
Un test d’Unit42 a montré qu’un attaquant utilisant l’IA pouvait accélérer une attaque d’environ 100 fois, réduisant le temps d’exfiltration de deux jours à 25 minutes. Pour Banque Atlas, l’apparition de deepfakes vocaux dans des tentatives de fraude bancaire a souligné la nécessité d’authentifications multifacteur robustes et de vérifications hors‑bande.
Insight : l’intégration de solutions d’IA défensive doit accompagner des politiques d’authentification et de vérification strictes pour contrer l’usage malveillant de l’IA.
| Indicateur | 2023 | 2024 | T1‑2025 |
|---|---|---|---|
| Notifications CNIL | 4 690 | 5 629 | ~2 500 |
| Augmentation annuelle | – | +20 % | — |
| Part des attaques cloud | — | 29 % | — |
| Interruptions opérationnelles | — | 86 % (des incidents majeurs) | — |
Sécurité informatique en banque : mesures concrètes pour réduire le risque
Face à ces menaces, les banques doivent déployer des mesures combinant technique, gouvernance et contrôle des tiers. Les priorités identifiées sont l’authentification multifacteur, la gestion stricte des identités (IAM), la segmentation des réseaux et des tests d’intrusion réguliers.
La régulation se renforce : la CNIL a multiplié les sanctions en 2024 pour des manquements basiques, et la mise en œuvre de la directive NIS2 impose des obligations accrues aux acteurs critiques. L’authentification multifacteur deviendra obligatoire pour certains traitements, et les contrôles sur les applications mobiles et les collectivités seront intensifiés.
Insight : la conformité réglementaire et la sécurité opérationnelle se rejoignent : la mise en conformité devient un levier de réduction du risque.
Checklist opérationnelle pour les dirigeants bancaires
- Renforcer IAM : revues régulières des droits, authentification multifacteur obligatoire.
- Contrôler les fournisseurs : audits sécurité, clauses contractuelles strictes et surveillance continue.
- Segmenter et isoler : limiter la latéralisation en cas d’intrusion.
- Simuler les crises : exercices de résilience incluant prestataires et scénarios ransomware.
- Surveiller l’IA : solutions d’analyse comportementale pour détecter deepfakes et malwares polymorphes.
Insight : l’application systématique de cette checklist réduit significativement la surface d’attaque et la durée des incidents.
Régulation, sanctions et débat public : l’équilibre entre fermeté et efficacité
La CNIL a durci sa posture : en 2024, le total des amendes a atteint 55 millions d’euros, plus du double de l’année précédente. Les sanctions portaient souvent sur des manquements élémentaires (mots de passe faibles, absence d’authentification forte, défaut de mise à jour, contrôle insuffisant des prestataires).
L’association PURR a publié une lettre ouverte fin novembre 2025 reprochant à la CNIL un manque de fermeté, après avoir recensé plus de 150 incidents massifs récents. Ce débat traduit une méfiance croissante entre acteurs privés, autorités et société civile sur l’efficacité des dispositifs actuels.
Insight : la régulation évolutive doit s’accompagner d’outils opérationnels pour rendre les sanctions réellement dissuasives et réduire l’impact des attaques.
« Nous sommes face à une industrialisation du piratage : l’IA et l’automatisation changent la donne, et la réponse doit être coordonnée, techniques et humaines. » — Damien Bancal, expert en cybersécurité.
Actions recommandées pour investisseurs et décideurs
Pour un investisseur ou un membre du comité exécutif, la cybersécurité est désormais un critère central d’évaluation. Il convient d’auditer la posture de sécurité, d’exiger des plans de continuité robustes et de vérifier la maturité en gestion des tiers.
Les décisions d’allocation doivent intégrer la capacité d’une banque à détecter, contenir et récupérer d’un incident : absence d’authentification forte, couverture incomplète des prestataires ou lacunes dans les tests d’intrusion sont des signaux de risque matériel.
Insight : la cybersécurité est un facteur de valorisation et de risque pour les investissements bancaires.
Pistes d’innovation et perspectives pour la sécurité des banques
Les innovations utiles incluent l’orchestration de la réponse aux incidents, la sécurité centrée sur l’identifiant (passwordless), l’IA défensive et le chiffrement homomorphe pour limiter l’exposition des données en production. Des partenariats public‑privé renforcés faciliteront le partage de renseignements sur les menaces.
Banque Atlas a entamé un projet pilote d’IA défensive couplé à des audits indépendants de ses prestataires ; les premiers retours montrent une réduction notable des faux positifs et une amélioration de la détection précoce. L’intégration de ces technologies doit toutefois rester encadrée par des politiques claires.
Insight : l’innovation offre des leviers puissants, mais elle doit s’articuler avec gouvernance et contrôle pour être efficace.
- Résilience opérationnelle : priorité numéro une pour limiter l’impact des attaques.
- Contrôle des tiers : audits et clauses contractuelles strictes indispensables.
- Authentification : MFA et gestion d’identités au cœur de la défense.
- IA : usage défensif prioritaire pour contrer l’IA offensive.
- Transparence : reporting et exercices publics pour restaurer la confiance.